ABSENCE (Poésie protégée)
Au hasard des années, j'ai cherché,
Pourquoi de cette enfance volée et meurtrie,
De l'innocence perdue, jamais retrouvée,
Dans quelle galère Papa, tu nous avais mis,
Il m'a fallu comprendre et vivre,
Abritant sous mon aile les petits,
Je n'avais pas le choix, il fallait survivre,
Toi, tu étais le Paternel, le Pacha, nous, tes Petits,
Quand de ta bouche, les mots volaient en éclat,
Quand ta peau suait des gouttes de poison,
Quant à t'en saouler, l'alcool jouait de toi,
Nous étions là, te regardant sombrer, nous priions,
Que choisir lorsque l'Amour flirte avec la Haine,
Lorsque soumission et menace ne font plus qu'un,
Quand le Bonheur se transforme en Malheur,
Quel était donc ton tourment mon père ?
J'aurais pu n'avoir d'yeux que pour toi...mais,
Comment agir à dix ans, lorsque le père est en péril,
Lorsque les enfants sont plus adultes que les adultes,
Lorsque les adultes redeviennent des enfants puérils,
L'½il hagard, titubant, la bouteille vide,
Et tu remettais çà, comme une ritournelle,
Maman, fallait pas la toucher papa, pas elle,
Moi, j'étais ta cible, je m'offrais volontiers avide,
En moi, j'ai porté cette blessure comme une déchirure,
A l'âge ou la prunelle innocente est en fleur,
J'ai demandé à mes nuits, les secrets du silence,
J'avais un rêve, celui de croire en Dieu notre sauveur,
Parfois, tu revêtais ton habit d'Ange et pour nous endormir,
Dans notre chambre, tu nous racontais de belles histoires,
Sur nos fronts, tu venais déposer un baiser le soir,
Ces instants éphémères papa, comme j'aurais voulu les retenir !
Puis réveillés par vos duels incessants, j'ai prié,
L'alcool avait repris ses droits et s'emparait de toi,
Notre chair devait souffrir, nos yeux pleurer,
A nouveau, la douleur s'allumait, nos c½urs se resserraient,
Nous, on s'enfuyait sous nos draps, eux comprenaient,
Retenant notre souffle, regardant passer nos espoirs,
Toi, t'as pas su, tu regardais passer ton bonheur,
C'était ta vie, la seule que tu pouvais nous offrir,
Sournoisement, un jour n'a pas ressemblé aux autres,
L'alcool t'a emporté, la maladie avec,
Combien d'automne, d'hiver, d'été depuis,
Refleuriront les lilas, les acacias, les lys et les roses ?
Repousseront les pastèques, les citronniers, les orangers ?
J'ai proféré des paroles, pour que les cieux t'emportent,
Le ciel a exaucé mes prières, m'a délivré du mal,
A ta mort, un air de liberté sur moi a flotté
Toi, tu m'as demandé pardon, il était bien temps,
Passent les années, femme, je suis devenue,
Il m'a fallut laisser du temps au temps,
A présent, j'implore ton pardon,
Aujourd'hui, j'me dis qu' c'est con
De partir sans même avoir connu tes p'tits enfants,
Je veux croire que t'aurais pu t'rattraper,
A défaut de n'avoir été un bon père,
P't'être bien qu'en faisant du mieux de ton mieux,
T'aurais p't'être fait un bon grand-père
L'alcool ne t'en a pas laissé le temps,
Le Démon en toi rêvait d'une autre vie,
Ta Belle a pourtant essayé les mots du Bonheur,
Mais le Bonheur jamais n'arriva à l'heure,
Alors, je t'ai haïs de tout mon c½ur,
J'aurais préféré t'Aimer de tout mes yeux,
Et que, à ses côtés, tu sois là auprès d'elle,
Celle qui jamais ne t'a remplacé pour un autre
Elle vit au rythme d'un paso-doble, au gré des saisons,
Elle et sa solitude, n'ayant pour seul bagage,
Ses souvenirs doux, amers, mais garde espoir,
Q'un jour refleurissent les lilas, au moment des floraisons,
Putain d'alcool, catin d'maladie,
Amante de tes nuits d'ivresse, maîtresse de tes jours,
Au hasard de la vie, je ne cherche plus,
Depuis, tu t'en es allé, longtemps je l'avais rêvé
Je me souviens du rendez-vous,
Ce fut ton dernier voyage, je n'y suis pas venue,
Ce fut ton dernier rivage, sans nous,
Je m'en souviens et vous ?
Toi, tu voulais te réchauffer à mon visage,
Toi, tu voulais te réchauffer à mon sourire,
J'ai manqué le rendez-vous alors tu es parti,
Sans même m'avoir revu, sans adieu, sans « je t'aime »,
J'y ai tellement songé, qu'en rêve tu m'es revenu,
Ton p'tit fils, tu l'as revu, il se prénomme Nicolas,
Vois comme il te ressemble papa, tu nous as souries,
Tu étais beau, tu étais sobre, on s'est compris,
A Dieu, j'ai demandé que tranquillement, tu reposes,
Dessous les roses blanches que pour toi j'ai cueilli
De mes lèvres, j'ai baisé ton front
De ma main tout autour de toi, j'ai écrit des « je t'Aime »,
Pour que tu ne doutes plus, pour que tu reposes,
Et chaque jour, je viens te raconter des histoires,
Pareilles que celles, jadis, tu nous contais,
Pour aussi rattraper le temps perdu,
Pour obsèques, reçois mes larmes et mes pleurs,
Ce vase plein d'eau, ce vase plein de fleurs,
Afin que ton corps reposé ne soit que roses blanches,
Et puisqu'on dit que le ciel est cause de tout bien,
Puisque le Démon s'est déguisé sous l'habit de l'Amour,
Aujourd'hui mon père, je te dis je t'aime, pour toujours,
Pour que ta mémoire vive toujours, te raconter l'histoire,
Il était une fois, un Ange et l'Amour...
Claudine PRUD'HOMME